Tomasz Stanko  
 
Avec "Dark Eyes", Tomasz Stanko acclimate le son granuleux de sa trompette et l’ardeur de ses improvisations à un tout nouveau contexte. A l’instar de Miles Davis (son influence majeure), le jazzman polonais possède l’aura d’un mentor et son nouvel orchestre est entièrement composé de jeunes musiciens venus du nord de l’Europe. Tomasz a toujours entretenu des liens privilégiés avec la Finlande, et ce depuis le début des années 70 et sa collaboration avec Edward Vesala. Guère étonnant dès lors qu’il accueille aujourd’hui dans sa formation, avec le pianiste Alexi Tuomarila et le batteur Olavi Louhivuori, deux jeunes musiciens finlandais prodigieusement doués tant du point de vue de l’expression que de l’imagination. Jakob Bro fait également partie de l’équipe réunie sur "Dark Eyes" : ce jeune guitariste découvert sur ECM dans l’album de Paul Motian "Garden of Eden" y tient le plus souvent un rôle de coloriste tout en nuances, tandis que son collègue Dane Anders Christensen, à la basse électrique tout au long du disque, fournit à l’orchestre sa pulsation rythmique.
Si l’orchestre possède incontestablement ce tropisme « nordique », l’inspiration de Stanko demeure elle largement cosmopolite. Ces derniers temps, le trompettiste a partagé son temps entre ses résidences de Varsovie et de New York : deux morceaux de l’album, "Grand Central" et "Amsterdam Avenue" sont directement liés à l’importance prise par New York dans sa vie actuelle. La pièce qui donne son titre à l’album, "Dark Eyes", renvoie également de manière indirecte à la mégapole américaine en se référant à une toile d’Oskar Kokoschka découverte à la Neue Galerie sur la 5e Avenue. Stanko, frappé par l’intensité expressionniste du tableau de Kokoschka intitulé "Martha Hirsch" et le regard tourmenté des yeux caves de son sujet, a cherché à y "traduire" en son, comme il dit, l’impact émotionnel de l’œuvre et toutes les "dimensions de son ressenti". "Tout ce que l’on vit se transforme en musique, mais j’ai toujours été plus particulièrement sensible aux émotions que m’apporte l’art. La fiction, la poésie, le cinéma, le théâtre. Mais plus que tout ce sont les arts visuels qui m’inspirent. La manière qu’a un peintre de poser ses couleurs, sa conception de la forme — sa façon de la métamorphoser jusqu’à l’abstraction, ou au contraire de l’aborder d’un point de vue naturaliste ou poétique… J’y trouve des parallèles avec mon langage musical, avec ma propre manière de donner forme à la ligne mélodique."
Deux pièces de l’album — "Terminal 7" et "May Sun" — ont été composées à l’origine pour accompagner une pièce du dramaturge suédois Lars Norén, montée à Varsovie : "En discutant avec Manfred (Eicher) au moment de l’enregistrement en studio nous avons décidé de changer totalement le caractère de ces pièces en s’éloignant de leur dimension trop atmosphérique ". "Samba Nova" est une évocation du voyage que le quintet a effectué au Brésil l’année précédente. "J’adore la nature profondément mélancolique d’un grand nombre de mélodies brésiliennes tout autant que leur caractère joyeux et festif : j’ai essayé que cette pièce rende compte de ces deux dimensions."
Avec "Dirge for Europe" et "Etiuda baletowa nr. 3", Stanko revisite l’univers de son premier maître, le pianiste et compositeur Krzystof Komeda. Il est intéressant de constater que ces compositions ne figurent pas parmi celles qu’il joua régulièrement à l’époque de ses longues tournées avec Komeda. "'Dirge for Europe', je pense ne l’avoir joué qu’une fois avec lui lors de la séance d’enregistrement de 1967 consacré à la rencontre entre jazz et poésie. Quant à l’étude pour ballet, je ne l’avais tout simplement jamais jouée. Elle date de 1962 soit un an tout juste avant que je ne rejoigne l’orchestre. C’est Alexi (Tuomarila) qui s’est focalisé sur ce morceau et a tenu à l’intégrer au répertoire. De toute façon, j’ai toujours aimé revenir à Komeda. Sa musique est très proche de ma sensibilité — je l’ai dans le cœur."
Il est un autre univers vers quoi Stanko est de nombreuses fois revenu au cours de sa carrière et de ses enregistrements ECM : "Balladyna" — son premier disque pour le label, enregistré en 1975. C’est cette fois le thème « Last Song » qu’il revisite et, dans la grande tradition du jazz, renouvelle entièrement.  

DISCOGRAPHIE
 
Dark Eyes
ECM
2009

Lontano
ECM
2006

Wolnosc W Sierpniu
Fire
2005

Suspended Night
ECM
2004

Soul Of Things
ECM
2002

Egzekutor
Universal Music Polska
2001

From The Green Hill
ECM
1999

Leosia
ECM
1997

Litania - The Music Of Krzystof Komeda
ECM
1997

Roberto Zucco
Polonia Records
1996

Matka Joanna
ECM
1996

Balladyna - Theater Play Compositions
GOWI
1994

A Farewell To Maria
GOWI
1994

Bosonossa And Other Ballads
GOWI
1993

Bluish
Power Bros
1992

Tales For Girl 12 And A Shaky Chica
JAM
1991

Chameleon
Utopia Records
1989

The Montreux Performance
ITM Germany
1988

Witkacy Peyotl - Freelectronic
Poljazz
1988

Lady Go...
Polskie Nagrania - Muza
1986

C.O.C.X.
Pronit
1985

AIJ
Poljazz
1985

Music 81
Polskie Nagrania - Muza
1984

Stanko
Poljazz
1983

Music From Taj Mahal And Karla Caves
Leo Records
1980

Almost Greeen
Leo Records
1978

Balladyna
ECM
1976

TWET
Polskie Nagrania - Muza
1975

Fish Face
PSJ Record Club
1974

Purple Sun
Calig
1973

Jazzmessage From Poland
JG Records
1972

Music For K.
Polskie Nagrania - Muza
1970



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